Revitaliser notre centre-ville

28047576.jpgUn article récent du Parisien évoque l’inquiétude qui se fait jour sur le devenir des commerces du centre-ville d’Aulnay. En effet, comme mes amis d’Aulnay libre ou d’autres, j’ai constaté depuis plusieurs années la fermeture progressive de nombreux commerces de chaque côté de la gare.

Cela s’est accompagné d’une spécialisation incroyable de ces deux artères: l’intérim pour l’avenue Anatole France, la banque, l’immobilier et l’optique pour le boulevard de Strasbourg. Cette division reprend de manière étonnante la même que celle qu’ont l’on perçoit d’Aulnay: le nord populaire et le sud aisé.

Il me semble essentiel que l’on s’intéresse à l’une des principales artères commerçantes de la Seine-Saint-Denis. Cela doit se faire avec tous les acteurs: les commerçants, les élus de tout bord, les riverains et plus largement les habitants.

Ce lent et progressif déclin du boulevard de Strasbourg est, à mon sens, lié à plusieurs causes. D’abord, et cela me semble le facteur le plus important, est le marché de l’immobilier local. En effet, de par sa situation à proximité immédiate de la gare, ce secteur est l’un des moins abordables, y compris pour les commerces. Ainsi, seuls ceux qui peuvent investir avec une quasi-certitude de retour sur l’investissement s’y implantent.

Ensuite, le coeur de ville n’est pas suffisamment dense. Je sais bien que cela fait peur car on associe à tort densification et logements sociaux d’abord, et logements sociaux avec pauvreté et délinquance. Mais, je persiste sur ce point, l’artère principale d’Aulnay-sous-Bois n’est pas assez dense. Cette densification est nécessaire car elle permettrait d’amener de nouveaux publics, comme des jeunes actifs. Ces nouveaux venus ont besoin de commerces et de services. Ce n’est pas en restant confiné dans cette faible offre de logements dans ce secteur que l’on permettra d’améliorer la diversité des commerces.

En allant plus loin, on constate que notre centre-ville est inanimé le soir et les week-ends. La pauvreté de l’offre en terme de restauration ou de lieux de détente en est une des raisons principales. Tel qu’il se présente aujourd’hui, l’offre ne correspond pas à la diversité de la population. Et cela est bien difficile de donner vie à une artère où les baux commerciaux sont trustés par les banques et les agences immobilières. Les lieux de ce type sont peu nombreux, éparpillés sur le territoire communal, et enfin excentrés. Pour ma part, j’aurai rêvé des cafés branchés et des restaurants proposant plusieurs types de cuisines. Or, rien de tout cela.

Nos élus ont également fait des choix surprenants. L’ancienne municipalité avait privilégié le centre commercial Parinor, aujourd’hui O’Parinor, en acceptant son agrandissement. La nouvelle a laissé s’implanter un Franprix alors qu’il y avait déjà dans le secteur un Ed, un Picard, un Monoprix et un autre Franprix. Dès lors, en favorisant la grande distribution et un centre commercial en périphérie, les uns comme les autres ont nui à la diversification et au développement du centre-ville.

Aussi, quand on sait que la gare d’Aulnay-sous-Bois est parmi les plus fréquentées d’Ile-de-France, je me demande pourquoi nous sommes incapables d’avoir un centre-ville rayonnant et attractif. Notre gare n’est qu’une gare de transit. Il n’y a rien qui donne envie aux nombreux voyageurs de se poser quelques instants sur notre artère. Les travaux de modernisation du pôle gare ne me semblent pas aller dans le bon sens. En effet, peu de choses sont mises en oeuvre pour casser la coupure créée par le voie ferrée, la gare et le parking. Cela aurait pu être l’occasion d’une véritable mise en valeur du centre-gare et donc un formidable outil de revitalisation du commerce local. Rien de cela, une simple refonte de la voirie et des aménagements en gare.

Par conséquent, si l’on souhaite sérieusement redynamiser, et je dirai même revitaliser, notre centre-ville, nous devons nous en donner les moyens. Pour cela, cela passe incontestablement par une densification du secteur qui amènerait à une véritable artère centrale, par une politique forte en faveur de la diversification de l’offre de commerces et des services du Vieux Pays à la place du général Leclerc, par un projet ambitieux de refonte du pôle gare qui met en valeur ce coeur de ville et comble cette facture entre le nord et le sud de la gare.

Je me souviens d’un certain candidat UMP pour le canton nord qui m’expliquait qu’on ne pouvait pas être Paris. Certes. Mais, nous pouvons, et même devons, donner aux Aulnaysiens et à ceux qui parcourent notre ville un centre-ville diversifié, dynamique et attractif. D’autres villes, avec moins d’atouts que nous, l’ont fait. Pourquoi pas Aulnay ?

Jérôme Charré

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9 commentaires à Revitaliser notre centre-ville

  1. David Burlot dit :

    Je suis en partie d’accord avec ton analyse.
    Seule une densification du centre peut apporter un commerce de proximité.
    On pourrait aussi imaginer l’arrivée d’une enseigne de grande importance (culturel ou d’habillement), mais cela doit s’accompagner de nouveaux bâtiments adéquats.
    Bref c’est une refonte totale du quartier qu’il faut repenser.

    Quant à l’enseigne Franprix, j’aurai aimé que tu t’insurges un peu plus sur le dernier opticien installé.

    • On arrive de temps en temps à être d’accord. :)

      Pour le dernier opticien, c’est comme le Franprix, un nouveau venu dans un secteur déjà surreprésenté.

      Sur l’arrivée d’une grande enseigne culturelle ou d’habillement, il faut des arguments pour les convaincre.

  2. Xavier dit :

    Dormez braves gens !

    J’ai lu dans l’article du Parisien que la Mairie allait recruter un Directeur et un Développeur commercial…

    Je me pose juste une petite question : Le commerce fait-il véritablement partie de l’ADN de notre Exécutif municipal ?

    Car des directeurs pour diriger et des développeurs pour développer c’est bien ( pourquoi d’ailleurs un directeur de plus ? il n’y en a pas assez? Ou sont-ils trop occupés ? Ou pas assez compétents ?), mais qui va diriger les Directeurs ?
    Le commerce, en effet, c’est un état d’esprit. Il faut vraiment savoir par expérience ce qu’est un client, un fournisseur, un chiffre d’affaires ou un compte d’exploitation pour savoir de quoi on parle.

    Il faut aussi intégrer de façon, non pas théorique, mais pratique des notions telles qu’un marché, un prix, une promotion ou un risque.

    Bref c’est quelque chose qui ressort de l’initiative privée même si c’est au service du public. Il s’agit donc d’une notion assez éloignée de celle de fonction publique, trop souvent synonyme de rigidité ou de pesanteur.

    C’est aussi un métier et même un beau métier. La rencontre d’une offre et d’une demande. Mais celui dont on parle ici est un petit peu plus complexe encore car il est de l’ordre de l’aménageur. Alors s’y mêle une réflexion plus en amont qui réunit l’économie et la finance, mais aussi la sociologie et la psychologie et pourquoi pas l’esthétique et l’architecture.

    Il faut donc connaître le commerce, mais aussi le commerce du commerce, tant en amont qu’en aval, bref une sorte de commerce au carré !

    Pour résoudre ce problème, il faudrait, probablement, non pas une simple municipalité, mais une municipalité au carré fondée sur un professionnalisme d’imaginatif et rigoureux qui mette en lien véritable les acteurs en présence.

    Comme dans bien des domaines, cette question est éminemment politique, au sens noble du terme. Encore faut-il avoir une politique pour le commerce !

  3. Xavier dit :

    Pardonnez-moi. Professionnalisme …imaginatif, bien sûr!

  4. Raphaël dit :

    Ce probléme n’est pas seulement propre à Aulnay, malheuresement c’est tout le département qui perd ses commerces de proximités. Il suffit de voir l’état du centre ville du Pré, ou encore la spécialisation du centre ville des Lilas

    • En effet, c’est un problème dans beaucoup de communes. D’un côté, il y a les grandes surfaces commerciales en périphérie et de l’autre, l’attractivité de la capitale. Au milieu, des centre-villes ou des centres de quartier de moins en moins attractifs.

  5. Xavier dit :

    @ Raphaël,

    Mais c’est bien ce qui m’inquiète aussi ! Quand je parlais de la commune, j’aurais pu dire la même chose du département.

    Pourtant, tout cela n’est pas fatal. J’ai connu une époque où l’Est de Paris intra-muros n’était, disons, pas très avenant. Aujourd’hui cela a bien changé.

    Il existe encore dans le 78 ou le 92, des centre-villes très agréables avec des commerces de proximité variés, jouant sur la qualité et la convivialité.

    Regardez à Aulnay, par exemple, une véritable librairie a réussi à s’implanter, Bd de Strasbourg, et pourtant Dieu sait si le livre est un produit qui n’est pas facile. Mais si l’on est bien reçu, s’il y a de l’animation, des conférences, des dédicaces, tôt ou tard, le bouche à oreille se produit et la clientèle se développe.

    Il me semble que tout le malheur du département vient d’une crispation identitaire sur son passé et de sa culture « ghetto » (voulue ou pas d’ailleurs). Les « communistes historiques » portent une lourde responsabilité dans ce domaine et je ne vois pas ce que les socialistes ont vraiment apporté depuis trois ans…

    C’est ainsi que le département a, pendant fort longtemps, raté les nouvelles industries. Heureusement qu’autour de la plaine St- Denis, les choses commencent à bouger (par ex. la cité du cinéma d’E.Besson). Va-t-il rater maintenant les nouveaux commerces ou les nouveaux lieux de commercialisation qui commencent à regagner les centre-ville ?

    @ Jérôme,

    Je crois que le problème du commerce de centre-ville ne se résume pas à un problème de densification. La clé me semble-t-il est dans la distinction et non pas la banalisation, dans la qualité et non pas la quantité, dans le « relationnel » et non pas l’impersonnel.

    Ainsi, l’existence de deux FNAC toutes proches n’empêche pas à la librairie de fonctionner et même de se développer. Beaucoup de gens en ont marre en effet d’aller faire leurs courses dans des temples de la consommation impersonnels et tous identiques, et cherchent autre chose : le prétexte d’une balade, des magasins à taille humaine, l’accueil, la considération et surtout la qualité.

    Une densification raisonnable est donc possible, par exemple sur le Bd de Strasbourg ou autour de la gare, et sans avoir besoin de « mordre » sur le tissu pavillonnaire aux alentours. Mais le point le plus important est celui de la qualité de la vie urbaine, la qualité ou l’originalité des magasins et la qualité de la zone de chalandise.

    Il faut donc pouvoir attirer sur la ville des populations ayant un pouvoir d’achat supérieur à la moyenne. Car c’est bien connu : la richesse favorise la richesse et la pauvreté entraîne la pauvreté. Je sais que ce n’est pas très « politiquement correct » de dire cela. Cela ne signifie pas pour autant que cela soit faux.

    Mais je suis persuadé que le réalisme économique d’un adhérent au modem ne pourra qu’abonder en ce sens…

    • Evidemment, la densification doit se faire sur les grands axes et dans une limite raisonnable (R+5 voire R+6). Aussi, les nouveaux immeubles doivent s’intégrer dans le tissu urbain et être visuellement agréable à l’oeil contrairement à ce qu’on peut ça et là dans le centre-gare.
      Aussi, il faut attirer des commerces, mais leur donner des moyens pour rester. Quand je parle de moyens, c’est créer une demande, par un afflux de population nouvelle (densification) et par le fait de redonner une vie à cet axe structurant.

  6. Xavier dit :

    Attention, tout de même ! A propos du Bd de Strasbourg, il ne faut pas oublier qu’il n’est pas très large, si on le compare aux boulevards parisiens ( grosso modo deux fois plus larges). Or ce point n’est pas indifférent en terme d’équilibre, de perspective et de circulation.