Le troisième anniversaire des attentats de Charlie Hebdo sont commémorés ces jours-ci. Trois ans après, le souvenir de l’événement et l’émotion qu’il a suscité sont encore présents, mais ils se sont émoussés. Beaucoup de Français sont passés à autre chose. Alors que reste-t-il du « Je suis Charlie » et de l’esprit de cette incroyable communion du 11 janvier 2015 ?

La France a connu d’autres attaques terroristes de grande ampleur : celles du 13 novembre 2015 au Bataclan, au Petit Cambodge, au Carillon, et du Stade de France, celle de Nice, celle de Saint-Etienne-du-Rouvray avec l’assassinat du père Hamel. Ce n’est peut-être pas terminé. La menace terroriste est toujours là, il faut vivre avec. La vie continue.

Avec le slogan « Je suis Charlie » et le rassemblement du 11 janvier 2015, il y avait un refus de se laisser intimider par les obscurantistes, une volonté forte de défendre la liberté d’expression, la démocratie, notre façon de vivre. Il y avait aussi cette union nationale, cette volonté de vivre ensemble.

Le temps a depuis fait son oeuvre. Si les attaques terroristes ont eu à nouveau lieu, nous avons appris à vivre avec. Nous avons poursuivi à nous retrouver nombreux lors de manifestations ou de grands événements, nous avons continué à fréquenter les terrasses, à arpenter les rues, les commerces. Nous avons appris à vivre avec cette menace qui se traduit par la présence des militaires de l’opération Sentinelle.

Si la poursuite de notre mode de vie est indispensable, l’esprit qui s’était dégagé de l’après-Charlie s’est émoussé. En effet, nous sommes retombés dans nos travers. Notre société n’a jamais été aussi fragmentée, sclérosée et hystérisée.

En effet, notre société est plus encore une somme d’individus et de groupes, aux intérêts contraires. Beaucoup se sont repliés sur leurs valeurs, leurs perception du monde, leurs souffrances, leurs réussites. Nous assistons à une société où, au lieu de se retrouver sur des valeurs communes, l’affirmation des différences est devenue revendicative, sinon conflictuelle. N’importe quel sujet peut devenir polémique entre des pro et des anti qui s’écharpent sur les réseaux sociaux et les médias, sans chercher à s’entendre. L’instantanéité et l’anonymat de ces réseaux sociaux est une cause, mais aussi la traduction de cette hystérie collective.

Dans cette société qui ne se reconnait plus véritablement comme telle, le « Je suis Charlie » a été repris, sinon accaparé, par un groupe de gauche. Parmi eux, un mouvement appelé le Printemps républicain, qui se veut défenseur de la laïcité, est au coeur de débats qui me laisse plus que perplexe. Ainsi, il est mêlé à des concepts tels que « islamo-gauchisme » ou à des polémiques violentes comme celle opposant Edwy Plenel et Charlie Hebdo.

Pour ma part, je ne saisis pas tous les tenants et aboutissants de ces débats, de ces polémiques. Pour ma part, les sujets que sont la laïcité, le communautarisme, la place de l’Islam dans la société sont importants, mais ils méritent d’être traités de manière réfléchie, sans posture militante ou revendicative, sans amalgames, sans haines personnelles, sans simplifications outrancières, sans dogmatisme idéologique.

« Etre Charle », ce n’est pas relancer des idées nauséabondes, ce n’est pas opposer les uns aux autres, ce n’est pas ostraciser l’autre parce qu’il ne pense pas comme soi, ce n’est pas fixer les frontières au sein de l’Islam entre ce qui est « islamiste » et ce qui ne l’est pas, ce n’est pas défendre une laïcité qui se veut contre les religions.

Il est donc temps que nos responsables politiques et nos intellectuels retrouvent une sérénité sur ces sujets. Notre société doit se retrouver sur nos valeurs. Ce qui nous rassemble doit être plus fort que ce qui nous divise.

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