La campagne marketing de Ready Player One a su titillé mon côté trentenaire, baigné dans la pop culture, un peu geek et nostalgique. Adapté d’un best-seller écrit par Ernest Cline publié en 2011, Steven Spielberg signe-t-il un grand film, s’approprie-t-il ce matériau bourré de références ?

Ready Player One place son histoire en 2045. Les humains se réfugient dans l’OASIS, un gigantesque univers virtuel mis au point par un certain James Halliday. Avant de disparaître, celui-ci décide de léguer son immense fortune et la maîtrise de cet univers à quiconque découvrira l’easter egg qu’il a dissimulé dans l’Oasis. Dès lors, une compétition planétaire est lancée, notamment par une société concurrente de celle de l’Oasis. On suit Wade Watts, un jeune homme lambda, plongé dans ce monde parallèle et lancé à la poursuite de l’easter egg.

D’abord, le film, comme le livre que je n’ai pas lu, est truffée de références. Certaines sont très vite détectées, d’autres furtives, d’autres encore annoncées de manière trop appuyées. Elles sont très centrées sur les années 80, mais d’autres font appel aux années 70, 90 ou 2000. Le film fait référence à des jeux vidéos, mais pas seulement. Il y a en effet, des rappels de musique ou de cinéma. Il y en a pour tous les goûts. Toutes ces références sont sympathiques lorsqu’on a la fibre nostalgique. Heureusement, le film permet de concentrer son attention à d’autres choses que la recherche de références.

Ready Player One dépeint deux mondes : celui de l’Oasis, rêvé et idéalisé, et le monde imaginé en 2045, inintéressant et difficile. Ce monde réel de 2045 est peu développé. Néanmoins, il présente une évolution peu marquée par rapport à ce que nous connaissons. Ce monde réel est très proche du nôtre. En effet, il n’y a pas de voiture autonome, de robots, d’intelligence artificielle, mais des Citroën C6, des Renault Twizy ou des maisons entassées comme des Lego. Le monde réel n’est pas le plus important dans le propos du film, au contraire de l’Oasis. En effet, ce monde imaginaire est la vision à l’extrême de nos vies faites de réseaux sociaux, de jeux en ligne, de réalité virtuelle et d’avatars : un mix du feu Second Life, de réalité virtuelle, de Minecraft et de Bitcoins. L’ensemble de ces aspects est connectée en l’Oasis, où tout est possible pour ses participants. Le contraste entre les deux mondes est bien marqué dans le film.

Le scénario de Ready Player One s’apparente à celui d’un jeu vidéo où le héros doit résoudre des énigmes, trouver des clés et découvrir un trésor. D’autres éléments sont repris du jeu vidéo comme l’affichage des scores ou l’acquisition des pièces ou d’objets. Pour autant, très vite, Ready Player One quitte cet aspect vidéoludique pour devenir une histoire classique d’un anti-héros qui se découvre et qui découvre sa mission. Néanmoins, quelques lacunes sont présentes ainsi que des passages trop vite éludés. Par exemple, l’événement qui décide véritablement Wade-Parzival à se lancer à la chasse de l’easter egg semble n’avoir aucun effet sur lui. A croire que seul ce qui se passe dans l’Oasis compte pour lui, mais vu l’événement, j’en doute.

Le casting est bien trouvé. Ainsi, en faisant le choix d’acteurs peu connus et relativement jeunes, qui se révèlent pétillants, Ready Player One permet au spectateur de s’approprier les personnages. Tye Sheridan est plutôt bon en Wade-Parzival. Olivia Cooke apporte une touche de fraîcheur en mode girl power. Lena Waithe campe bien l’acolyte de Wade. Mark Rylance est à l’aise dans ce rôle caricatural du geek asocial. Simon Pegg a bien réussi son vieillissement pour ce film. Ben Mendelsohn incarne un bon méchant obtus en Sorrento. Enfin, Hannah John-Kamen allie charme et froideur en exécutante de basses oeuvres.

La réalisation de Steven Spielberg permet d’aller au-delà de la similarité avec le jeu vidéo ou du catalogue de références des eighties. Ready Player One dresse un constat glacé et un portrait de notre société déshumanisée, virtualisée, prête à quitter son destin pour un monde addictif. Même si l’on note quelques incohérences ou incongruités, si l’on se plait de ces nombreux clins d’oeil à nos souvenirs, le film est une fable de science-fiction riche d’enseignements. En effet, il propose une anticipation de notre société et notre rapport aux technologies. Meme si ce n’est pas le meilleur Spielberg, Ready Player One est malgré un film très réussi qui peut ravir un large public à partir du moment où il a baigné dans la pop culture.

Share This