Plutôt que la Bastille, la Concorde pour les retraites !

Après quelques journées d’action en septembre, le mouvement contre la réforme des retraites menées par le gouvernement perdure. Des deux côtés, c’est la stratégie du pourrissement qui est choisie.

En effet, autiste, la majorité a décidé de se moquer des critiques contre son projet de réforme en accordant que quelques bribes de concession, qui ne règlent en rien l’injustice du projet et son inefficacité à moyen terme.

De l’autre, les syndicats poussés par leur base, et également en campagne électorale, souhaitent revivre les grandes grèves de décembre 1995, à l’époque contre les réformes menées par Alain Juppé.

Le souci est que ni la majorité, ni les syndicats ne représentent les salariés et la population. Pour les premiers, si l’on se réfère au score obtenu par Nicolas Sarkozy, on n’arrive qu’à 31% des suffrages exprimés en 2007, soit un peu plus de 25% du nombre d’inscrits. Quant aux syndicats, ils ne représentent que 10% des salariés. Ce chiffre est à nuancer puisque ce sont les salariés du public, de l’énergie, les cheminots… qui sont le plus syndiqués.

D’ailleurs, quand on compare les chiffres donnés par les syndicats à la manifestation du 12 octobre (soit 3 millions), et bien cela correspond à peu de choses près au 10% des 27 millions de Français en âge de travailler qu’ils représentent. Ainsi, les syndicats n’ont convaincu que légèrement au-dessus de leur influence.

Et les autres Français qui ne disent pas proche de la majorité et qui pour autant ne vont pas faire grève et manifester dans tout ça ?

Ils sont silencieux. Ils assistent à un énième bras de fer entre un gouvernement qui s’obstine seul contre tous et des syndicats qui ne défendent que les corps qui constituent le gros de leurs troupes.

Ainsi, les salariés du privé qui sont, contre leur gré, mis à contribution pour financer le régime du public et tous les régimes spéciaux, ne peuvent se permettre de faire grève. S’ils arrivent trop en retard au travail à cause des grèves de leurs « camarades » cheminots, s’ils se permettent de faire grève, ils risquent tout simplement leur emploi. Et au vu du contexte actuel de chômage de masse, le salarié du privé ne peut se permettre de manifester son mécontentement contre une réforme nécessaire mais menée de manière injuste.

Malheureusement, tant que nos chers syndicats ne défendront que leurs partisans (et donc qui leur amènent leur financement), les salariés du privé ne seront pas de la partie, ni en faisant grève, ni en se syndiquant.

Bien sûr, la France a depuis longtemps, avant la Révolution, une tradition de jacqueries où de temps à autre, la cocotte sociale explosait à cause d’une trop grande somme de difficultés (fiscalité excessive, mauvais rendements agricoles…). Les syndicats français, comme les révolutionnaires, espèrent toujours revivre ces moments de révolte populaire. Mais, entre temps, le corporatisme d’une part et l’individualisme du chacun pour soi ont à mon sens eu raison de cet espoir d’une nouvelle nuit du 4 août. Dès lors, je crois nécessaire de sortir de ces utopies.

La réforme des retraites menée n’est pas bonne, mais elle n’est pas pire que celle proposée par l’opposition, qui n’a eu le courage d’en mener une entre 1997 et 2002. Un partout, la balle au centre. Trève de plaisanteries. Je crois qu’il faut remettre à plat les choses et mener une véritable concertation sur la question où tous les sujets sont abordés dans un esprit de concorde nationale. La même que celle qui a existé quand le Conseil national de la Résistance avait créé notre système de retraites.

Jérôme Charré

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Un commentaire à Plutôt que la Bastille, la Concorde pour les retraites !

  1. Claude Aubry dit :

    Bonjour Jérôme,
    Oui, tu as raison, il faut remettre les choses à plat, le système de retraite imaginé par le Conseil National de la Résistance, s’il correspondait à l’esprit de l’époque est devenu insupportable par les injustices qu’il procure.
    Comment justifier les retraites de misère pour les uns et les pensions plus que confortables attribuées aux anciens cadres grâce aux cotisations prélevées sur le revenu des travailleurs.
    Comment justifier que les retraites des femmes soient inférieures à celles des hommes?
    Le cotisant Lambda doit-il d’argent à l’ancien cadre qu’à l’ancienne femme de ménage sous prétexte que le premier a cotisé d’avantage par le passé?
    Il est temps de changer d’approche philosophique et considérer les retraites comme faisant partie de la protection sociale à laquelle chacun de nous doit pouvoir prétendre lorsqu’il n’est plus en mesure de travailler…
    Notre systeme de retraite de soi-disant répartition est non seulement en faillite financière mais également en faillite morale.
    L’heure est peut-être venue de le détruire et mettre à la place un systeme de protection sociale garantissant à chacun d’entre nous qui n’est plus en mesure de travailler de pouvoir vivre d’une façon, certes sobre, mais digne, laquelle protection sociale serait financée non pas par les seuls travailleurs mais par l’ensemble de la nation,ainsi nous devons envisager
    -que tout le monde ait droit aux mêmes prestations sans considération de la qualité de travailleur
    -que son financement soit accru et assuré également par l’impôt sur les revenus issus du capital et sur des transferts financiers, par la TVA sociale et par d’autres mesures fiscales en contre partie d’une baisse significative des charges sociales
    -que les différents régimes soit unifiés et gérés directement par la démocratie représentative c’est-à-dire le parlement et le gouvernement.
    Très cordialement
    Claude