Un récent article du Parisien, repris par MonAulnay.com, rapporte la demande du maire d’Aulnay-sous-Bois que les autres villes du Grand Paris accueillent les HLM qui seront démolis. L’élu explique qu’il s’agit d’un territoire avec un taux élevé de logements sociaux et que d’autres préfèrent payer les amendes plutôt que de construire ces logements sociaux. Pour autant, depuis un moment, certains l’accusent de vouloir faire une chasse aux pauvres et de jouer la carte de la gentrification.

D’abord, il est bon de rappeler qu’Aulnay-sous-Bois, comme bon nombre de communes, a connu une croissance urbaines forte dans les années 1960-1970. Celle-ci devait répondre à une croissance démographique et économique, à l’exode rural et à l’immigration. Ainsi, les populations habitant ces quartiers étaient ouvriers, mais aussi artisans, commerçants, enseignants. En effet, à l’époque, les prestations des logements en questions proposaient un bon rapport qualité-prix. Puis, la crise de la fin des années 1970 aidant, ces quartiers se sont paupérisés, dégradés, vidés de leurs commerces et services.

Les programmes de rénovation urbaine lancés par Jean-Louis Borloo avaient ainsi pour objectif de rendre vivables des quartiers dégradés du fait d’un manque d’entretien et de maintenance criant. Dès lors, ces programmes ont plutôt servi d’actions correctrices que d’une véritable vision urbaine. En effet, ils ont trop souvent été conçu au sein de leur quartier, et non de leur ville ou de leur territoire. De plus, on a oublié de traiter les causes profondes de cette dégradation, pour peu qu’on les ait appréhendées.

La loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU) de 2003, renforcée en 2013, impose 25% de logements sociaux pour les communes de plus de 3 500 habitants – et de 1 500 habitants en Île-de-France – appartenant à des agglomérations ou intercommunalités de plus de 50 000 habitants comprenant au moins une commune de plus de 15 000 habitants. Cependant, il y a une forte disparité entre communes. Certaines assument clairement le fait de ne pas respecter la loi, notamment pour satisfaire une clientèle électorale. D’autres sont largement au-dessus de ce seuil, du fait de leur urbanisation des Trente Glorieuses. Ce déséquilibre n’est en rien corrigé par la loi SRU, qui montre son inefficacité.

Le Grand Paris peut être l’instrument de ce rééquilibrage. En effet, si l’on considère le territoire métropolitain, et non le territoire de chaque commune, alors les erreurs des années 1960 peuvent être corrigées. Les terrains aux abords des gares sont voués à des opérations immobilières permettant de financer le futur métro mais aussi amenant de nouvelles populations à habiter des quartiers peu accessibles jusqu’alors de leur lieu de travail. Cette nouvelle échelle urbaine peut dès lors amener à rétablir de la mixité sociale là où elle manquait cruellement.

Cependant, en attirant des populations plus aisées, le risque d’un nouveau phénomène « bobo » est présent. En effet, la gentrification s’est déjà produite au sein de la capitale où progressivement des populations « aisées » ont occupé les populations qui l’étaient moins, les reléguant plus loin en banlieue. La crainte de revoir cela autour des gares du Grand Paris Express est palpable. L’afflux de nouvelles populations ne doit donc pas se faire au détriment des populations déjà présentes, en les conduisant à aller ailleurs contre leur gré. Il faut profiter de l’occasion pour retrouver de la mixité sociale dans ces secteurs.

Les pouvoirs publics peuvent aussi profiter de l’effet d’aubaine du Grand Paris pour corriger les causes structurelles ayant conduit à la dégradation des quartiers populaires. Ainsi, des formations qualifiantes et des emplois à valeur ajoutée peuvent être rendus accessible près du bassin de vie. Cela peut conduire à un cercle vertueux pour ces territoires. A ce moment-là, la gentrification ne sera plus forcément une préoccupation puisque ce seront les habitants qui occuperont ces logements.

 

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