Mettre fin à une tension latente et épidermique

Ce samedi, trois policiers intervenus suite à une plainte pour tapage ont été « agressés et roués de coup », a annoncé le Syndicat national des Polices municipales.

Moins de trois jours plus tôt, un policier a été renversé jeudi, en début de soirée lors d’une tentative de contrôle routier, rue Edgar Degas, à  la Rose des Vents, par le conducteur qui a refusé de s’arrêter à la suite d’une infraction.

Ces deux évènements sont devenus malheureusement trop fréquents.

D’une part, contrairement, au maire socialiste Gérard Ségura, qui excuse le comportement du conducteur, ou du moins le justifie, en évoquant une panique de celui-ci après avoir grillé un feu rouge, je ne trouve pas que le rôle des élus soit d’excuser des fautes. D’autre part, je pense pas qu’il faille laisser les forces de l’ordre investir ces quartiers « sensibles » ou « populaires » de manière intrusive comme des commandos. Le rôle de l’élu dans cette tension latente et épidermique entre policiers et quelques individus est d’apaiser celle-ci et non de prendre partie pour l’un ou pour l’autre.

Je regrette qu’il soit devenu commun qu’un individu fuit lorsqu’il voit des policiers, qu’il ait commis ou non une infraction. Lorsqu’il en commet une et que les forces de l’ordre font leur travail, la réaction est désormais d’accuser ces dernières et de s’en prendre à ce qui représente l’autorité ou à son propre voisin. On ne peut pas continuer ainsi.

Il faut donc assainir ces rapports entre jeunes et policiers. Pour cela, deux points me semblent indispensables.

D’abord, il est important de revoir la manière de gérer l’effectif. En effet, on ne peut pas laisser des policiers sortis des écoles démarrer leur carrière dans les quartiers dits difficiles. Il faut du sang neuf certes, mais aussi des personnes expérimentées. Aussi, il faut une présence plus marquée sur le terrain, de jour et de nuit. Enfin, il y a un important travail à faire pour que les policiers ne soient plus perçus comme des Zorros ou des Robocop venus de l’extérieur, mais comme des garants de l’ordre respectés par tous.

Ensuite, il faut revoir en profondeur notre manière de traiter la délinquance. Il me paraît absurde que l’on décide de remettre dans le droit chemin un délinquant au bout du vingtième ou du cinquantième délit. Comme François Bayrou, je pense que c’est dès le premier que les autorités doivent prendre les choses en main. Il faut cesser d’excuser les premières fautes, mais les sanctionner de manière ferme mais en expliquant les choses (l’éducation en somme). Dès lors, notre conception de la sanction doit être repensée afin qu’elle soit efficace.

J’ai été surpris de constater plusieurs fois, qu’après des interpellations ou des arrestations pour des délits connus, leurs auteurs soient relâchés quelques heures plus tard. A cause de cela, ils reviennent sur leurs terres comme des héros. Ceux qui essaient de prendre l’ascenseur social se trouvent confrontés au plafond de verre et ne peuvent être des référents aux yeux des plus jeunes.

Dès lors, comme je le disais dans une brève discussion sur twitter, je crois que le tout-prévention ajouté à la justification permanente de la gauche a échoué, tout comme le tout-répressif mené aujourd’hui par la droite. A mon sens, la lutte contre l’insécurité doit être repensée. Elle s’intègre dans un cadre plus large qui mérite de dépasser les clivages stériles et inefficaces.

Jérôme Charré

Crédits photo: Le Parisien / GB

Mise à jour du 17 septembre: D’après un article du Parisien du 16 septembre, les policiers auraient inventé le fait que l’un d’entre eux avait été renversé par un jeune ayant grillé un feu rouge. Que cette histoire n’enlève rien, au contraire, à cette tension entre forces de l’ordre et quelques jeunes.

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Un commentaire à Mettre fin à une tension latente et épidermique

  1. Laurent Comparot dit :

    Pan sur le bec comme dirait le volatile du mercredi. Ceci dit, il faut vraiment réinventer notre police et la sortir d’une logique guerrière qui consiste à contenir violence et délinquance dans les cités.