Dans sa Lettre aux Français lançant le Grand débat national, Emmanuel Macron pose une trentaine de questions sur quatre thèmes : la fiscalité et les dépenses publiques, l’organisation de l’État et des services publics, la transition écologique, la démocratie et la citoyenneté. Par une rapide série, je répondrai à ces questions avant d’en rédiger une contribution.

11. Comment finance-t-on la transition écologique : par l’impôt, par les taxes et qui doit être concerné en priorité ?

La transition écologique doit avoir un financement juste et simple en appliquant le principe pollueur-payeur.

La fiscalité imposée sur le travail doit être déplacée notamment sur la fiscalité écologique véritablement sur les activités générant de la pollution (tous les carburants y compris le kérosène, toutes les industries produisant des biens avec des substances dangereuses pour la santé, toute opération ayant un impact sanitaire et environnemental, tout produit dont la production et/ou le transport démontre qu’une production en France aurait été moins coûteuse financièrement, socialement et écologiquement).

Par les économies générées à court et à long terme, les bâtiments publics doivent posséder un outil de pilotage des consommations d’eau et d’énergie. Ils doivent subir une rénovation permettant de réduire les consommations et améliorer la qualité du bâti. Toute nouvelle construction publique doit être aux normes RT 2012 et HQE.

Aussi, dans le cadre des plans de rénovation urbaine, les réhabilitations doivent désormais aussi entrer dans les normes RT 2012 et HQE afin de permettre à des populations fragiles de réduire leur consommation d’énergie.

12. Comment rend-on les solutions concrètes accessibles à tous, par exemple pour remplacer sa vieille chaudière ou sa vieille voiture ? Quelles sont les solutions les plus simples et les plus supportables sur un plan financier ?

D’abord, former et responsabiliser les professionnels sur des actions techniques connues : réglage de la programmation des piscines individuelles, branchement des circulateurs des chaudières gaz…

L’analyse, centralisée et anonymisée, des données rendant compte des consommations d’énergie des particuliers et du tertiaire, de façon à détecter les « puits de gaspillages » souvent ignorés. Cela peut être associé à des outils, simples et bon marché, de programmation à distance par le téléphone.

Accompagner l’investissement des agricultures quand il réduit son empreinte écologique sur son territoire : permaculture, non-labour, séchage en grange, méthanisation…

Concernant les voitures, la méthode de l’interdiction de circulation ou la hausse de taxes n’est pas une solution pertinente car il s’agit de mesures punitives pour les publics en difficulté. Au contraire, cela doit passer par l’incitation, gagnant-gagnant. Par exemple, la prime de remplacement du véhicule peut être calculée au regard non pas du futur véhicule mais en fonction de celui qu’il va remplacer. Ainsi, le bonus attribué pourra être plus élevé si on remplace une Renault Laguna Diesel de 2002 que si on remplace le même modèle de 2008. Il faut également favoriser le crédit à taux zéro pour l’acquisition de véhicules moins polluants pour les foyers modestes comme pour les jeunes.

13. Quelles sont les solutions pour se déplacer, se loger, se chauffer, se nourrir qui doivent être conçues plutôt au niveau local que national ?

Le niveau local doit pouvoir agir sur les mobilités du quotidien : mode, desserte, fréquence, tracé, tarifs… Il doit pouvoir décider d’autoriser et de favoriser l’autonomie énergétique des particuliers, des entreprises ou des collectivités. Il doit pouvoir agir sur les normes de construction dans les Plans locaux d’urbanisme afin de favoriser un mieux-disant écologique : immeubles HQE, adoption de la géothermie… Il doit pouvoir prendre des mesures de protection du territoire comme interdire ou favoriser selon les cas certaines cultures, produits, pratiques.

14. Quelles propositions concrètes feriez-vous pour accélérer notre transition environnementale ?

D’abord, adopter les normes HQE et RT 2012 à toute nouvelle construction publique et intégrer à la rénovation urbaine la réhabilitation des logements selon ces normes.

Ensuite, favoriser la création de parcs, espaces paysagers, jardins, plantations d’arbres dans les Plans locaux d’urbanisme avec le même principe que la loi SRU : au moins 30% d’espaces verts pour tout nouveau projet immobilier ou d’urbanisme. De même, favoriser la végétalisation de l’espace urbain

Cesser ou requalifier tout projet ayant un impact écologique notamment sur la biodiversité et l’écosystème. Dépolluer d’office les fiches industrielles à la charge de propriétaires. Rationaliser notre offre de transports collectifs comme le nombre d’aéroports sous-utilisés.

15. Comment devons-nous garantir scientifiquement les choix que nous devons faire à (l’) égard (de la biodiversité) ?

La question ne se pose pas. La disparition des espèces est flagrante, ici comme ailleurs.

16. Comment faire partager ces choix (sur la biodiversité) à l’échelon européen et international pour que nos producteurs ne soient pas pénalisés par rapport à leurs concurrents étrangers ?

Nos producteurs sont davantage pénalisés par nos normes, notre administration et notre fiscalité que par nos choix écologiques.

Ensuite, si nous ne créons pas de distorsion de concurrence, si nous les accompagnons dans cette démarche et si nous favorisons la consommation de produits avec une faible empreinte écologique, sanitaire et social, ils n’ont pas de raison d’être pénalisés.

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