Le RPR avait-il disparu ?

Avec le dernier remaniement, on a entendu ça et là que le gouvernement était redevenu UMP, et même UMP-RPR.

Si on regarde la composition du gouvernement telle qu’étudiée par Laurent de Boissieu, plus de la moitié des membres est issu du RPR, contre 37% dans la précédente mouture. Cela se fait au détriment du Nouveau centre, de l’ouverture, mais aussi des membres de l’UMP issus d’autres partis politiques telle que l’UDF ou Démocratie libérale.

Au départ, il y avait l’idée de réunir sous une seule et même étiquette toutes les familles politiques de droite et du centre. Comme en Espagne avec le Parti populaire. Plusieurs alliances électorales entre le RPR et l’UDF avaient existé auparavant, comme l’Union pour la France en 1993, mais chacun était retourné dans son coin une fois l’élection passée.

Ainsi, c’est au cours de la campagne présidentielle de 2002, qu’a commencé à émerger un rassemblement autour de Jacques Chirac, avec le RPR évidemment, Démocratie libérale (ou anciennement Parti républicain) d’Alain Madelin et des membres de l’UDF parmi lesquels Philippe Douste-Blazy. Le choc des résultats du premier tour a accéléré la construction de l’UMP (Union pour la Majorité présidentielle). Seule une petite partie de l’UDF refusa d’entrer dans ce parti unique avec la célèbre formule de François Bayrou prononcée à Toulouse: « Si nous pensons tous la même chose, alors nous ne pensons plus rien ».

L’UMP était cependant créé sur une importante base RPR, une grande partie de l’UDF et Démocratie libérale. L’organigramme d’alors traduisait cette diversité. Alain Juppé (RPR) en était le président, Philippe Douste-Blazy (UDF) le secrétaire général et Jean-Claude Gaudin (DL), vice-président délégué. Mais, au-delà de ces apparences, le RPR a repris en main son bébé, puisqu’à chaque occasion qui s’est présentée un membre issu du RPR prenait les commandes. Souvenez-vous de la possibilité des courants sans cesse demandée par les anciens UDF ou DL, et sans cesse refusé. L’UMP avait donc repris point par point la méthode RPR avec les hommes du RPR.

En 2004, quand Nicolas Sarkozy chippe le parti aux chiraquiens, il va encore plus loin. S’il permet aux clubs et mouvements associés de s’exprimer, l’organigramme devient non seulement de plus en plus RPR, mais fort logiquement de plus en plus sarkozyste.

Dès lors, le gouvernement Fillon actuel ne fait que traduire ce que l’UMP est, c’est-à-dire un RPR élargi à des modérés et des libéraux. En effet, le vice était visible dès la création de l’UMP. D’abord, l’idée même provient de seuls membres du RPR. Ensuite, la base militante était majoritairement RPR. Enfin, la tradition militante et les méthodes sont RPR.

Pour ma part, avec ce remaniement, on pourrait penser que l’UMP telle qu’elle semble avoir été espérée a échoué. Or, au contraire, elle a pleinement réussie. Le RPR s’est métamorphosé tout en profitant des apports des modérés et des libéraux. Finalement, le RPR n’a jamais disparu.

Jérôme Charré

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