L’affaire Karachi: une affaire d’Etat

Après l’affaire Bettencourt, où une histoire de famille – celle de la famille la plus riche de France – se mêle à des soupçons de corruption, voici une autre affaire qui inquiète l’Elysée: celle des attentats de Karachi, au Pakistan. Ces attentats, qui ont fait en 2002 15 morts, dont onze Français de la DCN travaillant à la construction de sous-marins vendus par Paris, seraient des représailles suite à l’arrêt de versement de commissions pour un contrat d’armement.

L’affaire, plus ou moins oubliée, a été relancée par l’audition d’un ancien ministre de la Défense, Charles Millon, auprès du juge Renaud Van Ruymbeke. Celui-ci a indiqué que le président de la République et le secrétaire général de l’Elysée d’alors, Jacques Chirac et Dominique de Villepin, lui ont demandé de mettre fin aux contrats pouvant donner lieu à des rétro-commissions, dont celui des ventes de sous-marins. Ils soupçonnaient l’existence de rétro-commissions qui auraient servies au financement de la campagne électorale d’Edouard Balladur. Ces dires ont été confirmés par Dominique de Villepin lors d’une interview au journal de 20 heures de TF1.

Cependant, pour que toute la lumière soit faite sur cette affaire et que les familles des victimes puissent enfin savoir, il faut d’abord que le secret-défense soit levé sur tous les documents touchant de près ou de loin ces fameux contrats. Nicolas Sarkozy a laissé entendre qu’il transmettrait à la justice française tous les documents nécessaires à l’enquête sur l’attentat. Aussi, il faut que le président du Conseil constitutionnel, Jean-Louis Debré accepte de son côté les délibérations sur les comptes de la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995, qui en attendant, sont couvertes par le secret pendant 25 ans.

Mais, derrière cet emballement soudain, on voit un nouvel affrontement entre Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin, qui reprennent le flambeau de la guerre entre balladuriens et chiraquiens. Cependant, le clan chiraquien n’est pas totalement uni dans cette possibilité de discréditer l’adversaire. En effet, Alain Juppé, Premier ministre d’alors, évoque des rumeurs et des allégations et Jean-Louis Debré, ami de Jacques Chirac, ne semble pas disposé à lever le voile sur les comptes de campagne d’Edouard Balladur.

Aussi, il faut rappeler qu’à l’époque Nicolas Sarkozy n’était ni directeur de campagne ni mandataire financier d’Edouard Balladur, mais son porte-parole. Cependant, il a tout de même été ministre du Budget jusqu’à sa nomination en tant que porte-parole.

Ensuite, si la volonté du chef de l’Etat, Jacques Chirac, nouvellement élu de mettre fin à ces commissions, et de ce fait, à ces rétro-commissions, est louable et vertueux, il est possible que cette décision soit à l’origine de ces attentats. Si les preuves étaient apportées, les deux clans, aussi bien chiraquiens que balladuriens, seraient condamnables pour des motifs différents. Dès lors, une énorme affaire d’Etat qui peut nuire à toute la classe politique peut exploser ou bien être étouffée. Quant aux familles des victimes, je crains que la guerre politique a pris le dessus sur leurs attentes.

Jérôme Charré

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2 commentaires à L’affaire Karachi: une affaire d’Etat

  1. yazan dit :

    La guerre politique a peut être pris le dessus, mais au fond, cela aura pour mérite de médiatiser l’affaire…. Et cela ne peut que servir la cause des familles dans la recherche de la vérité???