Expliquant le titre de son dernier film, Guillermo Del Toro explique que « L’eau prend la forme de son contenant, mais malgré son apparente inertie, il s’agit de la force la plus puissante et la plus malléable de l’univers. N’est-ce pas également le cas de l’amour ? Car quelle que soit la forme que prend l’objet de notre flamme – homme, femme ou créature –, l’amour s’y adapte. » Ainsi, La Forme de l’eau esquisse un lien entre l’amour et l’eau, sinon une fable.

La Forme de l’eau évoque Elisa, une modeste employée d’un laboratoire gouvernemental ultrasecret, qui mène une existence solitaire, d’autant plus isolée qu’elle est muette. Sa vie bascule à jamais lorsqu’elle et sa collègue Zelda découvrent une expérience encore plus secrète que les autres.

Dans le cadre d’une Amérique White Anglo-Saxon and Protestant (WASP) et paranoïaque de la Guerre froide, Guillermo Del Toro dépeint un conte de fées. Celui-ci est une fable sur la différence et l’histoire d’une forme d’exil. Ainsi, Elisa, jeune femme muette, veut quitter un monde sombre et inquiétant pour la joie et l’amour vanté par les comédies musicales. La rencontre qu’elle va faire va lui permettre de connaître quelqu’un qui finalement n’est peut être pas si différent d’elle intérieurement et vis-à-vis des autres. De cette rencontre, va naître une passion qui changera radicalement sa vie.

La Forme de l’eau a une très belle esthétique. L’ambiance des années 1950 et 1960 de ce laboratoire secret est bien retranscrit, de même que la tension engendrée par la Guerre froide. L’extérieur est aussi bien recréée. La photographie est bien choisie selon que l’on soit dans le laboratoire, dans l’appartement d’Elisa ou celui de Giles ou l’onirisme de l’eau. A cette esthétique, la musique d’Alexandre Desplats s’accompagne parfaitement. Elle propose des airs assez typiques de cette époque mais avec des éléments plus mystérieux, plus rêveurs. L’image et le son se complètent.

Le casting est bien choisi. Il porte véritablement cette fable. Sally Hawkins est remarquable dans le rôle d’Elisa. Elle n’en fait pas trop. Au contraire, elle porte chaque émotion avec douceur et sincérité. Face à elle, Michael Shannon est tout aussi excellent en cette effrayante figure de Strickland. Il incarne avec justesse cet individu froid, ambitieux, calculateur, archétype de l’homme américain des années 1950. A leurs côtés, Richard Jenkins et Octavia Spencer sont très bons dans les rôles de Giles et de Zelda. Ils amènent chacun une touche de fantaisie dans cette fable de la différence. où leurs personnages ont des points communs avec Elisa.

Ainsi, avec La Forme de l’eau, est une fable envoûtante où l’esthétique et la musique portent tout autant l’histoire que le casting. Certains passages auraient mérité davantage d’émotions. Il n’en reste pas moins une très bonne maîtrise de son sujet par Guillermo Del Toro ainsi qu’un joli film à voir.

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