Jean-Louis Borloo renonce et rebat les cartes

Contre toute attente, et en particulier, celle de ses amis, Jean-Louis Borloo a annoncé au journal de 20 heures qu’il ne sera pas candidat à l’élection présidentielle. Il constate que «cette dynamique des centres» à laquelle il aspirait n’est «pas suffisante pour porter une candidature, non pas de témoignage mais pour être présente au second tour de la présidentielle». «La vérité, c’est que les centres n’ont jamais été aussi éclatés».

Il a tout dit lorsqu’il évoque les centres. En effet, depuis 2007, il y a deux forces au centre. La première représentée par Jean-Louis Borloo et Hervé Morin est celle d’un centre solidement arrimé à la droite. Son seul objectif est régulièrement d’établir un rapport de force avec la droite afin de peser sur un contrat de gouvernement. Ce positionnement est celle qui a valu de l’UDF entre 1979 et 2005-2006. Cette stratégie prend acte de la bipolarisation gauche-droite. Elle se présente donc comme un centre qui se veut alternative de la droite.

L’autre force du centre est menée par François Bayrou depuis son accession à la présidence du CDS, portée au plus haut en 2007. Elle est issue d’une autre tradition, celle de Jean Lecanuet. Il s’agit d’un centre qui n’abdique pas face à la bipolarisation gauche-droite. Il se veut indépendant de ces deux pôles. Ce centre aspire à devenir majoritaire. C’est l’arc central voulu par François Bayrou qui évoquait une majorité allant d’Edouard Balladur à Jacques Delors.

Le forfait de Jean-Louis Borloo traduit donc un échec du centre, en même arrimé à la droite et alternative de celle-ci. Initiée dès 1999 avec une liste UDF indépendante du RPR aux élections européennes, puis confirmée par sa candidature en 2002, son rejet d’intégrer l’UMP, différents congrès et enfin l’élection présidentielle de 2007 et la création du Mouvement Démocrate, la démarche de François Bayrou a me semble-t-il changé la perception du centre et son positionnement.

Bien entendu, les élections intermédiaires sont confortables pour le centre arrimé à droite. Grâce aux alliances, on obtient un bataillon d’élus. Mais, pour être réélus, il faut persister dans cette alliance. La démarche d’un centre à vocation majoritaire est plus difficile car il faut créer ces élus, cette génération nouvelle. Et on l’a vu, les résultats n’ont pas encore été probants.

Dès lors, si l’on veut amener une majorité nouvelle, cela passe par l’élection présidentielle. La décision de Jean-Louis Borloo permet donc d’éclaircir le paysage. François Bayrou, actuellement crédité dans les sondages de 7 à 9%, devrait passer à un score à deux chiffres et rejoindre les candidats perçus comme crédibles pour accéder au second tour et remporter l’élection. Une dynamique est donc en marche.

Jérôme Charré

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