La conformité dans une entreprise financière est souvent considéré comme un coût, sinon destructrice de valeur. Pourtant, le coût des non-conformités peuvent se traduire par des pertes financières, des sanctions administratives ou judiciaires, des atteintes à l’image de l’entreprise et une perte de clients. Ainsi, le coût des non-conformités visibles représente 3 à 5% des recettes tandis que celles immergées atteignent facilement 10 à 15% du chiffre d’affaires de l’entreprise. Or, la conformité peut constituer un élément de développement.

Un article relativement récent rapporte une étude de LexisNexis Risk Solutions. Selon cette étude, la lutte contre le blanchiment des capitaux coûte 18 milliards d’euros aux banques, en hausse de 21% sur les deux dernières années. L’étude prévient que le renforcement de la réglementation devrait encore faire grimper la facture de 16% à 21% selon les établissements en 2017. Mais, le coût est essentiellement porté par les ressources humaines à 73%, contre 27% pour les technologies. En effet, la sécurité financière ne recours pas suffisamment à la technologie. Ainsi, le métier lié à la connaissance client représente ainsi à lui seul 40 % des coûts, mais le facteur humain est un facteur indispensable au succès de la lutte contre la criminalité financière : 97% des banques déclarent qu’elles dépendent avant tout de la vigilance de leur personnel pour la détection des activités suspectes.

Il y a ici non seulement une importante transformation de ces métiers vers une industrialisation, sans pour autant retirer le caractère humain de l’analyse. Sauf qu’il faut aussi mutualiser les données collectées dans le cadre de la LCB-FT avec d’autres directions de l’entreprise, notamment le développement. En effet, les données peuvent servir aussi bien au contrôle et au filtrage mais aussi à répondre aux exigences de la DDA ou à la connaissance de son portefeuille pour proposer les produits adaptés à ses clientèles.

Dès lors, nous avons ici un exemple d’opportunités pour lequel les exigences de la conformité peuvent être utiles aux autres métiers de l’entreprise. C’est peut-être là que repose la transformation de la conformité d’une fonction de gardienne du temple, perçue souvent négativement, en une fonction qui constitue une force de proposition d’une part et un acteur du développement.

D’abord, la conformité doit se décloisonner. Elle reste la référente de ce qui peut être réalisé ou non. Mais, elle doit s’ouvrir aux problématiques actuelles (et futures) de l’entreprise afin de proposer des solutions conformes. Ainsi, sans sortir de son rôle, elle permet de changer la perception des métiers en étant plus en position uniquement défensive, mais en entrant dans une posture constructive. Ce n’est plus la conformité qui empêche de vendre, mais la fonction que l’on vient voir pour résoudre ses difficultés.

Aussi, avec les exigences réglementaires croissantes, la conformité a un rôle à jouer. Elle peut constituer un atout dans la palette commerciale. En effet, aux côtés des produits financiers, des services associés, un package de conformité peut être proposé aux clients professionnels. Le tsunami réglementaire étant ce qu’il est, et n’étant pas près de s’arrêter, il y a là un terrain pour dire que l’entreprise est conforme et que sa fonction conformité peut accompagner les professionnels que peuvent l’être les distributeurs ou les délégataires.

Pour réussir cette mutation, la conformité doit prendre le virage de toutes les transformations : digital, intelligence artificielle, croissance des flux de données, big data, etc. Elle doit accompagner ces changements majeurs et s’en imprégner.

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