Du changement, mais sans ambition

La semaine dernière, Martine Aubry a fièrement présenté le projet socialiste pour l’élection présidentielle de 2012. De celui-ci, le principal parti d’opposition nous liste trente propositions. Nous sommes bien loin des 110 propositions de François Mitterrand, qui voulait lui changer la vie.

Regardons de plus près les propositions du Parti socialiste. D’abord, c’est le domaine économique et social qui est le plus nourri. Pour cela, on ajoute des propositions déjà testées comme les emplois-jeunes rebaptisés emplois d’avenir. Cela permet certes de diminuer le chômage des jeunes, mais sans que cela soit pérenne. Aussi, il souhaite supprimer les exonérations de cotisations des entreprises abusant des CDD et de l’intérim. Il faudra voir comment on détermine qu’il y a abus. De même, sur la question des stages, il propose une non-solution. Seuls points positifs bien qu’obscurs, établir un parcours d’autonomie et l’égalité des salaires entre hommes et femmes.

Le Parti socialiste veut financer les PME innovantes en regroupant la Caisse des dépôts et consignations, Oseo et le Fonds stratégique d’investissements en une banque publique d’investissement. Il ne faudrait pas enlever les autres missions de la Caisse des dépôts. De même, il faut voir comment les socialistes vont faire évoluer les taux d’imposition entre les sociétés qui investissent et qui distribuent des dividendes, d’autant plus que certaines arrivent à faire les deux !

Une fois le domaine économique et social, on arrive à une série de mesures décousues dans les autres domaines. Ainsi, pour la sécurité et la justice, seul le recrutement de 10 000 gendarmes et policiers sur cinq ans est prévu. Rien sur les moyens de la justice, le manque de place en prison. Sur le logement, les socialistes veulent lancer un plan « massif » de construction de 150.000 logements sociaux par an et limiter la hausse des loyers. Rien sur les parcours résidentiels ou la mixité sociale. Sur la santé, on ne veut qu’inciter les jeunes médecins à s’installer pendant deux ou trois ans à la campagne ou dans les quartiers populaires. Rien sur la crise de l’hôpital public, l’accès aux soins, leur coût, la dépendance.

Sur l’énergie, les socialistes annonce vouloir sortir la France du tout nucléaire et du tout pétrole en 30 ou 40 ans en développant les énergies renouvelables. Comment assure-t-on cette transition ? Mystère. Sur l’éducation, ils veulent créer « de meilleures synergies » entre les grandes écoles et l’université. Encore faut-il que nos jeunes arrivent jusque là ! Rien donc sur la maîtrise de la lecture et de l’écriture ! Rien sur le nombre préoccupant d’élèves en échec scolaire ou qui sortent du système sans rien.

Sur la lutte contre les discriminations, le PS veut imposer le CV anonyme. Et l’entretien sera anonyme aussi ? Aussi, il envisage de réglementer les contrôles d’identité. Pourquoi pas. Dans toutes les entreprises dans lesquelles l’Etat a une participation, il veut limiter les écarts de rémunérations de 1 à 20. Les grands patrons iront ainsi dans le privé. Enfin, sur la fiscalité, le PS veut voir apparaître un grand impôt prélevé à la source en proposant notamment la fusion entre l’impôt sur le revenu et la CSG. Comment fusionner un impôt payé par la moitié des Français et une cotisation sociale payée par tous un peu à tout moment ? Mystère !

Dès lors, le projet socialiste est présenté comme une boîte à outils. C’est bien maigre ! Il n’y a pas de cohérence dans ses trente propositions. Celles-ci ne sont même pas expliquées sur leur éventuelle mise en place. On est loin d’un véritable changement, d’une véritable alternative. Nous avons simplement des pansements à un pays qui est pourvu de bon nombre d’atouts insuffisamment mis en valeur et qui en englué dans des difficultés structurelles, et en premier lieu un déficit chronique depuis maintenant 40 ans ! A cela, les socialistes n’apportent malheureusement pas de réponses.

Par conséquent, soit les socialistes estiment que 2012 est déjà gagné par le simple rejet de Nicolas Sarkozy. Et comme, en 2002, ça n’arrivera pas. Soit ils ne veulent pas gagner cette élection et préfèrent conserver la gestion, sans doute plus facile, des collectivités territoriales.

Jérôme Charré

Cette entrée a été publiée dans France, avec comme mot(s)-clef(s) , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.