Rendre réaliste l’un des voyages de Gulliver ou étendre à une grande part de la population le principe de Chérie, j’ai rétrécis les gosses, voilà l’idée de départ de Downsizing. Ici, la miniaturisation des humains s’inscrit dans une question de protection de l’environnement et de développement durable. L’idée est donc séduisante, mais assistons-nous au grand film vanté par son affiche ?

Ainsi, l’histoire de Downsizing est de montrer comment Paul Safranek va voir sa vie bouleverser en se faisant miniaturisés à une taille d’environ 12 cm. Paul n’est pas seul, d’autres humains ont suivi le même process que lui. D’abord, mis en oeuvre pour lutter contre la surpopulation, la réduction de sa taille permet d’augmenter de façon considérable son niveau de vie.

Alexander Payne réalise un film techniquement réussi. Le monde dépeint des « petits » parait réaliste. Voir des humains à peine plus grand d’un biscuit sec est assez sympathique. Pour autant, le monde de Downsizing n’est pas conçu pour voir des petits hommes évoluer avec nos objets, mais tel une reconstitution fidèle mais à une taille réduite de notre monde. Aussi, le film s’attarde sur le processus de miniaturisation, avec quelques détails un peu étonnants. De plus, avoir sur le même plan des humains à taille réelle et leurs versions miniatures n’est pas un effet toujours réussi.

Downsizing propose un casting plutôt flatteur avec Matt Damon ou Christoph Waltz. Clairement, le film est porté par Matt Damon. Toute l’histoire est centré sur lui. Même si l’acteur est à l’aise en Paul Safranek, il aurait été intéressant de sortir de temps en temps de cet angle d’observation. En effet, les autres acteurs voient leur prestation réduite à la portion congrue. Christoph Waltz est soit sous-utilisé, soit mal employé. Pour autant, il est plutôt bon dans son rôle du voisin fêtard. Neil Patrick Harris, Laura Dern, Udo Kier ou encore Jason Sudeikis ne font que de brèves apparitions avec un intérêt des plus limités. Hong Chau est mal dirigée dans son rôle, ce qui produit une certaine lassitude à la voir, surtout avec cet accent forcé en anglais. Enfin, Kristen Wiig a un rôle qui manque d’intérêt. Dès lors, le film ne permet pas à casting de se révéler alors que le sujet aurait pu, aurait du, le permettre.

Pour que le casting puisse imprimer sa marque, encore faut-il que le scénario soit à la hauteur (sans jeu de mots). En effet, si l’idée de départ était séduisante, sa traduction dans le film donne un sentiment mitigé. Downsizing se déroule en deux temps inégaux. D’abord, on suit Paul avec ses soucis avec sa mère, puis avec sa femme, notamment ses difficultés à acheter une belle maison. Il décide alors de se faire miniaturiser afin de solutionner celles-ci et de changer de vie. Cette première phase a un traitement assez classique, de bonne facture. Ensuite, après avoir insisté sur sa miniaturisation, le film suit les péripéties de Paul dans ce monde réduit. Celles-ci n’ont pas de fil conducteur cohérent. Le scénario se laisse bercer, et nous avec. Cela est d’autant plus regrettable qu’il s’agit du sujet du film. Quant à la fin du film, elle est mal amenée et constitue une mauvaise surprise.

Dès lors, Downsizing m’a laissé un sentiment étrange. Celui d’un film ni véritablement science-fiction, ni véritablement comédie. Le scénario est trop centré sur Paul. Il ne développe pas les autres personnages, ni les relations entre le monde que nous connaissons et le monde miniature, ni les questions que le scénario distille ça et là. Cela ressemble à une barque qui vogue sur l’eau sans que quiconque ait de rames. Il semble que le film se soit concentré sur les effets spéciaux que sur un scénario suffisamment développé et construit pour tenir sur la durée. Pour autant, le film est plaisant à regarder, mais on n’est loin du chef-d’oeuvre.

 

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