Cinq ans après les émeutes de banlieue

Il y a cinq ans. Cinq ans déjà que, suite au décès de deux jeunes de Clichy-sous-Bois dans un transformateur EDF, des dizaines de quartiers dits sensibles se sont embrasés, obligeant le gouvernement Villepin d’alors à faire appel au couvre-feu.

Et depuis ? Rien n’a véritablement changé, à mon grand regret. J’aurai espéré un réveil de la part des décideurs et des pouvoirs publics, nous avons eu au contraire que mascarades et autres poudres aux yeux. Les mêmes fausses bonnes solutions qu’on applique aux banlieues depuis la crise de 1974 qui les ont peu à peu sorties de la ville, et par là-même de la communauté nationale.

Ainsi, nos gouvernants qu’ils soient nationaux ou locaux appliquent à peu de choses près les mêmes solutions. La politique pour réintégrer les banlieues dans la Ville ne se limitent pas à une politique urbaine au rabais. Non, nous ne réussirons pas ce défi en perçant des rues et en résidentialisant des barres.

D’abord, il faut réfléchir aux raisons qui ont fait que ces quartiers sont progressivement sortis de la Ville. Je me souviens quand j’étais petit que la mixité sociale existait dans mon quartier de La Rose des Vents. Il y vivait des ouvriers, des employés, des artisans, des médecins, des professions libérales. Puis, progressivement le quartier s’est paupérisé. Lorsque l’on réussit, la seule envie était de quitter le quartier. Rien n’a été fait pour rendre ces quartiers attractifs. Au contraire, les bailleurs n’ont pas entretenus leurs propriétés, les commerces ferment, les services publics disparaissent…

Aussi, au lieu de donner les codes et d’aider les parents immigrés venus des anciennes colonies françaises pour travailler dans les usines, ils ont été donnés à leurs enfants. Ainsi, les rôles entre parents et enfants se sont inversés. Ajoutons à cela que notre système éducatif n’a pas su ou voulu permettre à ces enfants d’accéder à d’autres métiers que ceux de la vente ou du secrétariat accessibles par un BEP. Peu importe ce qu’était le marché du travail du bassin d’emploi.

De plus, alors que ces quartiers se sont paupérisés, la délinquance et la criminalité se sont durablement insérés. La police avait déserté les lieux et quant elle intervient, elle le fait avec des jeunes sortis de l’école et ne connaissant pas le terrain. Quant la police intervient, c’est la justice qui fait défaut en ne sanctionnant pas la première sortie de route, mais la vingtième ou la cinquantième, faisant de la sanction, un outil inefficace. Dès lors, police et justice ont permis à quelques-uns profitant de trafics divers de devenir des références pour des plus jeunes qu’eux.

De ce fait, quant on conjugue paupérisation, délabrement progressif de l’habitat, formation inadaptée conduisant principalement au chômage et références de réussite par des caïds, il n’est pas étonnant que certains se révoltent.

Ce n’est donc pas avec des plans banlieues bidons qui ne se concentrent que sur un symptôme, la dégradation de l’habitat, que l’on réglera durablement les difficultés structurelles de ces quartiers. Dès lors, il m’apparaît indispensable que les pouvoirs publics, nationaux et locaux, s’impliquent conjointement et réellement pour réintégrer les banlieues à la Ville, et à la République.

A suivre…

Jérôme Charré

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