Il y a quatorze ans, quelques mois après le séisme du 21 avril 2002 où le candidat d’extrême-droite, Jean-Marie Le Pen, était qualifié au second tour de l’élection présidentielle face à Jacques Chirac, séduit par la démarche, le discours et les idées de François Bayrou, je décidais d’adhérer à un parti politique : l’UDF. Aujourd’hui, j’ai pris la décision de quitter le Mouvement Démocrate qui lui a succédé.

Vous trouverez ci-dessous la lettre que j’adresse à François Bayrou, annonçant ma décision :

Monsieur le Président,

 

Je me souviens de cette campagne présidentielle de 2002 que vous meniez sur les thèmes de la relève et de la France humaine. Votre discours et votre démarche m’ont non seulement séduits, mais ils ont construit mon engagement au sein de l’UDF, puis au Mouvement Démocrate.

Au cours de ces années, j’ai milité, j’ai exercé différentes fonctions en interne, j’ai également participé aux campagnes électorales en tant que colistier ou non. Cela restera pour moi essentiellement de bons moments ponctués de rencontres avec des personnalités formidables. Ce parcours a permis de constituer l’homme que je suis aujourd’hui.

Je tiens à remercier celles et ceux, dont certains sont partis vers d’autres horizons, qui m’ont accompagné et soutenu pendant la période compliquée que j’ai connue. Je pense ici à Marc Fesneau, Pierre-Olivier Carel, Sabrina, Patrick, Claire, Yvon et tant d’autres.

Pour autant, une certaine lassitude s’est progressivement développée en moi. D’une part, les échecs répétés de notre mouvement aux élections, la difficulté de porter encore et encore nos valeurs et nos idées en dehors des instances élues au niveau local, d’autre part, le repositionnement du Mouvement Démocrate après 2012 m’ont découragé de militer, de participer à la vie du mouvement.

En effet, les efforts menés depuis 1998 pour faire de l’UDF le parti libre, puis du Mouvement Démocrate un mouvement clairement positionné au centre, sinon comme mouvement central de la vie politique sont désormais réduits à n’être, de mon point de vue, qu’un allié du centre-droit et de la droite.

Aussi, les aspirations du Mouvement Démocrate d’être un mouvement de citoyens actifs, amenant une nouvelle génération de femmes et d’hommes politiques se sont volatilisées. L’élan de Villepinte avec ses 50 000 adhérents, dont beaucoup croyait à ce renouveau de la politique et des pratiques est retombé. Ce mouvement, auquel j’ai aspiré, j’ai apporté ma pierre, j’ai donné des heures et des heures, n’est plus. Il est devenu un parti comme les autres. Depuis 2012, l’objectif n’est plus de proposer, ni de faire émerger des personnalités, mais seulement d’obtenir des élus, parfois en allant à l’encontre de nos valeurs, notamment aux élections régionales en Auvergne-Rhône-Alpes.

Le Mouvement Démocrate, en presque dix ans, n’a pas réussi parce qu’il n’a ni su ni voulu être ce mouvement politique novateur que cherchent régulièrement les Français. Pourtant, les valeurs et les idées défendues sont, je crois, celles qui permettraient de sortir la France de la crise permanente qu’elle connaît depuis la fin des Trente Glorieuses, et de toutes ses fractures, toutes ses crispations qui minent notre société.

 

La participation ambiguë du mouvement à la primaire de la droite et du centre en soutenant Alain Juppé doit conduire le Mouvement Démocrate à soutenir le vainqueur de cette désignation populaire qu’est François Fillon. Pour autant, son projet pose de nombreuses questions qui peuvent heurter notre sensibilité. Notre capacité à infléchir ce projet est faible. Cette désignation a atomisé, sinon annihilé le centre et le centre-droit de la vie politique. En effet, comme notre mouvement, l’UDI a soutenu un candidat vaincu et se doit de soutenir le vainqueur. Dès lors, depuis 2002, il y a un grand risque de ne pas voir un candidat issu de cette famille politique à l’élection présidentielle.

Toutefois, il reste toutefois l’éventualité de votre candidature à l’élection présidentielle. Même si les valeurs que nous portons trouvent un écho favorable et peuvent être un rempart contre l’extrémisme, les conditions ne me paraissent pas réunies pour une telle démarche. En effet, nous assistons actuellement à une aspiration nouvelle. Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, Cécile Duflot ou encore François Hollande ont été contraints de mettre un terme à leur vie politique nationale.

La position du Mouvement Démocrate à choisir est complexe. Soit, le mouvement décide de soutenir un projet que nous n’aurons modifié qu’à la marge et nous obtiendrons au mieux une poignée de députés dans une immense majorité de droite conservatrice. Soit, le mouvement préfère vous soutenir dans un projet de quatrième candidature et nous risquons un échec cuisant dans un contexte politique complexe avec la possibilité d’une extrême-droite à nouveau présente au second tour.

 

Alors que pendant longtemps vous aviez indiqué vouloir rassembler les bonnes volontés, faire travailler ensemble des gens allant d’Edouard Balladur à Jacques Delors, que vous aviez dit être l’héritier d’une famille politique comprenant également Pierre Mendès-France, René Monory, Valéry Giscard d’Estaing et Michel Rocard, vous avez clairement refusé et à plusieurs reprises un rapprochement avec Emmanuel Macron.

Pourtant, sa démarche ressemble très fort à celle qui a été la vôtre en 2007. Elle suscite d’ailleurs le même engouement. J’étais présent ce samedi au meeting d’En Marche ! au Parc des expositions de la Porte de Versailles. J’y ai trouvé une foule nombreuse composée de femmes et d’hommes venus d’horizons différents, avec la même envie que celle que vous aviez portée en 2007. La France de toutes nos forces d’alors se retrouve aujourd’hui chez Emmanuel Macron.

Je peux comprendre que vous soyez déçu, sinon interdit de voir une autre personne reprendre le flambeau que vous aviez jadis en main. Néanmoins, je considère que si le Mouvement Démocrate soutenait Emmanuel Macron et participait à cet élan que constitue En Marche !, nous ne ferons que relancer ce que nous avons porté pendant trois campagnes présidentielles, déjà ! Nous réunirions alors des gens allant des sociaux-libéraux à la droite modérée, en passant par tous ceux qui veulent une révolution civique, la relève.

 

En ce qui me concerne, je n’apporte plus de valeur ajoutée au Mouvement Démocrate et que, si j’en faisais encore l’effort, ma voix ne serait qu’une parmi tant d’autres. Le projet politique du mouvement et sa stratégie ne correspondent plus pour moi à nos valeurs. Ma participation à ces mouvements que sont l’UDF et le Mouvement Démocrate depuis 2002 se termine donc par cette lettre.

Je ne suis pas le premier, ni le dernier, ni le plus important, ni le plus influent, à quitter ce mouvement, mais je considère qu’il est temps pour moi de mettre fin à cet engagement.

Dès lors, conformément aux articles 4 des statuts et 1 f du règlement intérieur national du Mouvement Démocrate, je vous informe que je démissionne du Mouvement Démocrate à compter de ce jour, et par conséquent des fonctions exercées en interne. Aussi, je demande à ce que mes coordonnées soient retirées des différentes listes de diffusion et d’information du mouvement.

 

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

 

Jérôme CHARRÉ

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